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mercredi 19 septembre 2012

Indépendance 2012 assombrie


L’indépendance 2012 : cette année cette journée du 7 août qui marque la fin de la colonisation est passée inapercue pour plusieurs. Au pays, les évènements de l’attaque des camps d’Akouédo ont fait des morts et assombri ce qui devait être célébré dans la joie. Ici aucune fête ni de rassemblement majeur pour souligner la journée. Est ce à dire que les ivoiriens ne sont plus patriotes? Une chose est sûre, ils ne se sont pas bousculés pour aller assister au traditionnel Concerto abidjanais où les artistes font des prestations endiablées habituellement.

Mais à vrai dire avec le recul on se demande bien qu’est ce qu’on célèbre. Un pays qui est n’est plus une colonie dans les dires mais qui l’est toujours en réalité ? Depuis 1960, cinquante ans sont passés et on ne peut pas dire que le pays s'est vraiment détaché de ses vieux. La route est encore longue pour le chemin de l'autonomie...

mardi 29 mai 2012

Forum Jeunesse Afro québécois 2012



Le forum Jeunesse afro québécois a tenu sa 2ème édition en avril dernier à l'auditorium de la grande bibliothèque à Montréal. Initié par Jeunesse Sawa, ce forum vise à être un pont entre les jeunes immigrants africains et la jeunesse québécoise. Sur le thème : les défis de l'intégration et si on en parlait, personnalités politiques et ambassadeurs sont venus s'exprimer et échanger avec cette jeunesse!

Reportage Stand Côte d'Ivoire Salon International Tourisme voyage




La Côte d'Ivoire a assisté au Salon International tourisme Voyage qui s'est tenu l'automne dernier à Montréal. C'était une occasion de montrer les multiples facettes d'un pays connu souvent malheureusement pour ces périodes d'instabilité politique. Ils étaient nombreux à ignorer que la Côte d'ivoire était parmi les premiers producteurs mondiaux de cacao, et aussi détenait une des plus grandes basiliques dans le monde! Plusieurs québécois passés par notre stand ont apprécié les produits offerts et ont eu envie de découvrir ce  beau pays!

vendredi 13 avril 2012

Vues d'Afrique : le cinéma créole et africain à l'honneur du 27 avril au 6 mai 2012



C’est au son des tambours que s’est ouverte la conférence de presse pour la 28ème édition du Festival Vues d’Afrique  au cinéma Ex-Centris. Ce festival dirigé par Géraldine Le Chêne offre une vitrine montréalaise au cinéma africain et créole. Comme nouveauté cette année, le prix des droits de la personne sera décerné, suite au partenariat de Vues d’Afrique et du Festival de film sur les droits de la personne. 

Tetchena Bellange, cinéaste et comédienne d’origine haïtienne et Éric M’boua, animateur d’origine ivoirienne et récipiendaire du prix de la relève lors du mois de l’histoire des noirs, sont marraine et parrain de cette édition. Les films sont compris au sein de six sections: fiction, documentaire, Afrique connexion (séries, longs et courts métrages), la section canadienne et québécoise Regards d'ici, le volet thématique Musicafrica.

Le film 30 degrés couleur, de Lucien Jean-Baptiste et Philippe Larue, ouvrira le festival, le 27 avril au cinéma Impérial. C’est l’histoire de Patrick, un jeune antillais venu étudier en France dès l'âge de 10 ans. Coupé de sa famille et de ses traditions, il s’intègre si bien qu’on pourrait l’appeler « un blanc à la peau noire ». À l’âge de 30 ans, il retourne dans son pays natal suite au décès de sa mère. Il tombe en plein dans le carnaval et y passera trois jours de folie, pleins d’émotions où il retournera à ses origines. Provenant d’une quarantaine de pays, la programmation riche et diversifiée propose des films qui sauront toucher les personnes de divers horizons.

Pendant toute la durée du festival, des ciné-aperitifs sont organisés dès 11h du matin à l’hôtel Opus. Ce seront des occasions d’échanger avec le public sur les questions d’actualité, des droits de la personne dans le monde cinématographique. Africophiles, amateur de cinéma, ou même vacanciers de passage à Montréal, vous trouverez sûrement un film qui saura vous satisfaire pendant le festival!

Pour de plus amples détails sur la programmation, visitez le site de Vues d’Afrique http://www.vuesdafrique.org/cinema/programmation-2012/

jeudi 23 février 2012

De chanteur à politicien…les risques du métier!


J’étais attristée hier de lire que Youssou N’dour avait été blessé  à la jambe lors des manifestations qui ont lieu actuellement à Dakar. Le pauvre est-ce qu’il sait dans quel plat il aventure justement ses pieds en se lançant dans la politique ? Il aura vite  fait de voir que le métier de politicien est de loin moins glorieux que celui de chanteur. Quoiqu’il y a quand même des points communs, tous les deux doivent débiter des paroles ou des histoires pour s’attirer des fans…...Si le politicien raconte de beaux discours lors de sa campagne électorale, la population votera pour lui. Peut-être ça aurait pu être dans son avantage....
Mais je me posais la question : est-ce que le fait d’être un chanteur populaire, d’avoir pour fan des millions de personnes justifie  qu’on se croie capable de diriger un pays ? Il me semble que ce sont deux choses complètement éloignées. Il faut avoir fait de longues études, et au moins des expériences similaires et un parcours qui justifient cette place. Pourtant on voit de plus en plus d’acteurs ou de chanteurs qui font une reconversion, ça été le cas de Wyclef Jean en Haïti, et….le résultat n’est pas toujours décevant. On a un exemple avec l'ancien gouverneur de la Californie Arnold Schwarzenegger, ancien acteur d'Hollywood star du film Terminator.
Donc pourquoi pas Youssou N’dour ? Il aurait pu nous montrer de quoi il est capable… Mais voilà !! On ne lui a même pas laissé le choix de faire ses preuves. Le président sortant a tout simplement invalidé sa candidature pour les élections présidentielles. Vous imaginez la colère de la population sans compter que ce dernier annonçait quelques jours plus tard qu’il se représentait pour un 3e mandat à l’âge de 85 ans !!! Voici un autre qui souhaite rester assis sur le fauteuil présidentiel jusque dans sa tombe !!
Évidemment la population montre son désaccord et son mécontentement….et au gouvernement de répondre en bloquant les principales places de la ville. Je me demande comment encore en 2012 on peut interdire à une population de manifester, de surcroît pacifiquement, en prétendant faire de la démocratie ?
Le printemps arabe n’est pourtant pas loin en arrière, cet élan de révolution qui a embrasé tout le maghreb aurait pu servir de leçon pour nos dirigeants de la sous région. Cependant la question est comme je l’abordais dans mon précédent article à ce sujet : est-ce que la jeunesse de l’Afrique noire est prête à mettre un frein à cela? Je l’espère qu’on ira pas jusqu’à ce que quelqu’un s’immole pour lancer le mouvement….mais aura t-on la détermination des jeunes arabes ?

mardi 21 février 2012

Miss Afrique Montréal 2012, une soirée pleine d'émotions!


Le trio gagnant de Miss Afrique Montreal
L’année dernière c’est dans une salle Marie Gérin-Lajoie pleine que Gabrielle Clesca Valejo recevait le titre de 1ère Miss Afrique Montréal. Cette année il fallait plus que la salle de l’UQAM pour contenir la foule. C’est au centre Pierre Péladeau, à guichets fermés que s’est déroulée la 2ème édition du concours Miss Afrique Montréal-Gala UMFAZI.

L’aventure avait débuté depuis l’automne pour les candidates qui ont pris leurs marques au sein de l’académie Miss Afrique Montréal. Cours d’expression scénique, de danse, activités sportives et physiques leur ont été dispensées pendant 3 mois. Des acteurs de la vie culturelle montréalaise comme l’animatrice radio Khady Beye, pour les ateliers intellectuels, ou encore le boxeur Herman N’Goudjo, ont mis leur expertise à profit afin de permettre aux finalistes d’arriver en condition pour le gala.

Les prétendantes ont eu à faire plusieurs passages pour convaincre le jury. Celui en tenue traditionnelle était un périple qui nous a permis de découvrir un brin de leur culture. Accompagnée de l’écran géant qui diffusait des images et la musique du pays, elles ont chacune à leur tour esquissé des pas de danse traditionnelle. Le public a vibré sur les rythmes entraînant des tambours de la candidate burundaise Patricia. Sa prestation riche en couleurs lui a valu la place de 1ère dauphine.
Les jolies demoiselles qui ne devaient pas seulement être évaluées sur leur beauté mais aussi sur leur intellect, nous ont surpris lors de la partie Talent-Show. C’est justement le talent de la candidate Salématou Sako qui a ému le public. Son poème  « Afrique relève-toi » composé par elle-même, et déclamé avec conviction et émotion lui a valu un stand up digne d’une cantatrice d’opéra. Le public était tout simplement conquis.
Éric M’Boua, récipiendaire en 2011 du prix de la relève lors du mois de l’histoire des noirs, a su maintenir une ambiance détendue tout au long du show et démontrer une belle relation avec le public. Il n’était pas le seul à la barre du spectacle, son co-animateur UncleFofi, créateur du Couscous comedy show, est allé chercher à plusieurs reprises des fous rires et des mains d’applaudissement. Les prestations des artistes comme Veeby, Xlim, ou encore la prestation de danse « Sabar » ont été chaudement accueillies par la salle.
Au bout de 4h de spectacle, c’est un public fatigué qui scandait le nom de leur candidate favorite au moment de l’attente des résultats. On pouvait entendre des «Sally» «Sally» en chœur dans la salle. Sans trop de surprise la candidate guinéenne Salématou Sako a ravi le titre de Miss Afrique Montréal cette année. Elle a exprimé sa joie de représenter la communauté africaine et sa fierté d'en être l'ambassadrice.
Au delà de magnifier la beauté, Miss Afrique Montréal est une scène pour promouvoir la culture africaine. Cet évènement rassembleur permet aux candidates de vivre une expérience riche en sensations fortes. Tout en permettant à la communauté africaine de Montréal de se retrouver, le comité Miss Afrique Montréal s'est donné pour mandat de faire découvrir aux montréalais les milles et une facettes d'un continent d'une richesse culturelle immense, mais aussi de faire un pont entre la tradition et la modernité. Pari réussi! S'inscrivant en plus dans le mois de l'histoire des noirs, le gala UMFAZI permet de faire un bel hommage à la culture afro.

Pour retrouver toute l'aventure, rendez-vous sur le site www.missafriquemontreal.ca

samedi 11 février 2012

Après le printemps arabe, aura t-on droit à une tempête subsaharienne?

Le 11 février 2011 Hosni Moubarak jette l’éponge et démissionne de la présidence de l’Égypte. L’année dernière, à pareille période le monde arabe s’enflamme. Sous la pression de la jeunesse, des dirigeants accrochés au fauteuil présidentiel depuis une trentaine d’années sont éjectés pacifiquement. Des révolutions comme celle-là seront-elles possibles en Afrique de l’ouest? Là aussi, des chefs d’État sexagénaires et même octogénaires, repoussent les limites de la démocratie. Rétrospective sur le printemps arabe avec le regard du professeur Aziz Fall et sa vision du développement du continent africain.
Tout a commencé le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, lorsqu'un vendeur de fruits s'immola en plein cœur du marché. Mohamed Bouazizi, s'enleva la vie pour protester contre le régime en place.  Sa mort met le feu aux poudres : un mouvement de protestation embrase la Tunisie. Plus tard c'est le Maghreb qui est en ébullition : ce qu’on va appeler « le printemps arabe » vient de commencer. Les dirigeants au pouvoir depuis des dizaines d’années vont finir par tomber sous la pression.
« Détruire un système n’est pas forcément la possibilité de construire un nouvel ordre. La grande difficulté demeure dans la capacité de construire une alternative » souligne Aziz Fall, professeur en sciences politiques, relations internationales et anthropologie au sein des universités McGill et UQAM.
Si ce politologue internationaliste d'origine sénégalaise et égyptienne ne nie pas le caractère spontané de ces protestations, selon lui plusieurs autres conditions ont apporté à maturation l’exacerbation de ces populations. Ces populations qui ont supporté pendant une cinquantaine d’années des régimes mis en place avec le soutien occidental.
Pour ce fondateur et membre du GRILA (le groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique), il faudrait un autre système pour sortir le continent africain de sa condition. Il pense que le panafricentrage, stratégie panafricaine basée sur une réflexion des valeurs, des cosmogonies, des visions du monde imbriquées dans les sociétés d’origine pourrait être une porte de sortie.

Quelles sont les conditions à l’origine de la révolution en Tunisie ?
A-Fall : Les alliés de l’Occident et de la sous-région estimaient que le modèle était usé et fatigué, ils ont commencé à lâcher prise. En même temps les problèmes de l’État ne faisaient que s’aggraver : crise de la jeunesse, chômage d’une population active éduquée assez importante et une très mauvaise redistribution de l’économie du pays. Le système colonial a créé une catégorie bourgeoise qui s’est accaparée les secteurs clés de l’économie : le tourisme et l’immobilier. Le geste, désormais célèbre, à Sidi Bouzid où ce jeune désespéré met fin à ces jours provoque comme on l’a vu une réaction spontanée qui n’enlève pas le fait que pendant les deux dernières décennies il y a eu une organisation féroce des organisations de la société civile, de partisans des droits de l’homme, d’activistes politiques contre ce régime. Certes, c’était une résistance qui n’était pas généralisée, mais elle aura son rôle à jouer dans la maturation de cette révolution.

Qu’en est-il pour l’Égypte ?
A-Fall : Dans le cas de l’Égypte, il y a l’effet tunisien qui a fait tâche d’huile. Il ne faut pas dénigrer le caractère novateur de ce mouvement patriotique et national qui est parvenu à chasser cet autocrate. Cependant il y a une résistance beaucoup plus longue contre un régime lui aussi vieillissant qui voulait passer le flambeau à son fils. Moubarak était considéré comme un allié incontournable en raison du dispositif stratégique de la sous-région. Il y a avait aussi le rôle prééminent de l’Égypte dans le monde arabe, la façon dont les fondamentalistes étaient tenus en respect. Toutes ces conjonctions ont donné une longévité au raïs égyptien qui était articulé sur un système d’intelligence très fort, et sur un système de corruption très bien ancré dans la société. On l’a vu avec Mobutu, un moment l’Occident soutient, plus tard il retient son soutien. Dans le cas de Moubarak, la perspective de son remplacement par son fils ne semblait pas enchanter beaucoup des ses parrains extérieurs, ce qui a facilité l’explosion du modèle égyptien.

Est-ce que ces révolutions peuvent s’étendre au reste du continent africain ?
A-Fall : Ce scénario n’est pas exclu. Il est très possible que cela existe aussi en Afrique puisque les conditions de la maturation de l’exacerbation de ces populations sont les mêmes partout sur le continent après plus d’une vingtaine d’années d’ajustements structurels, des conséquences de la mondialisation.

Est ce qu’il devrait y avoir des révolutions partout sur le continent pour faire changer les choses ?
A-Fall : Pour les gens qui ont une pensée révolutionnaire activiste oui, ça serait bien, parce qu’à ce moment les revendications populaires, les demandes sociales seront écoutées.  Mais détruire un système n’est pas forcément la possibilité de construire un nouvel ordre. Il faut bien sûr faire tomber les régimes autocratiques et anti démocratiques, mais la grande difficulté demeure dans la capacité de construire une alternative. Pour l’instant ce que ces gens demandent, c’est une alternance, un changement de l’ordre, et le renversement de mécanismes politiques qui sont complètement dépassés. Si on n’était pas en situation de crise économique mondiale du capitalisme, il est probable que ces choses auraient été beaucoup plus lentes. Nous sommes en crise, ce sont les pays qu’on a considéré « modèles » qui s’écroulent avant les autres. Donc, il n’est pas impossible que les autres, à des degrés divers qui sont tout aussi vulnérables, connaissent une certaine forme de réveil. Maintenant la question c’est : quelle est l’ampleur de ces réveils et quels sont les changements qui sont préconisés ? Il y a des situations particulières à chaque pays qui sont différentes y compris au Maghreb et les demandes sociales divergent.

Est-ce que cela représente un espoir que le continent africain se dirige vers la démocratie ?
A-Fall : Le problème c’est plutôt : qu’est ce que la démocratie ? Parce qu’il peut y avoir plusieurs conceptions de la démocratie. Si la démocratie est vraiment la traduction des aspirations populaires, c’est à dire, du plus grand nombre de la collectivité, oui ça serait souhaitable que l’État ne soit pas juste l’apanage de quelques élites urbanisées qui contrôlent la sphère de l’État. Si on pouvait élargir au niveau des processus de décision et d’exécution, l’ampleur de la démocratisation, oui ce serait souhaitable d’aller dans ce sens là. Mais il y a différentes formes de démocratie, y compris celle que la Banque Mondiale et les bailleurs de fond ont voulu nous inculquer, sous forme de démocratie représentative, qui selon moi, ne peut pas pleinement traduire les aspirations des populations. Donc si les populations prennent le pouvoir elles doivent avoir aussi l’ingéniosité de créer selon leur propre culture et selon leur propre aspiration des mécanismes capables de les représenter, de défendre leurs intérêts et de les traduire dans l’exécution.

Qu’est ce qu’il faudrait comprendre par démocratie que la Banque mondiale a créé ?
A-Fall : À mesure que les ajustements structurels échouaient dans le début des années 80, les institutions financières internationales se sont rendues compte que les pays africains contournaient leurs mesures par le système politique. Il était donc important à la fois de désengorger le système politique, et de créer une dimension politique d’ajustement. C’est ainsi que la gouvernance et tous ses attributs vont être inventés, et les pays vont être emmenés à transformer l’État sous forme de démocratie participative avec un système technocratique managérial. Un système qui d’ailleurs a échoué parce qu’on ne peut pas avoir l’État dépolitisé ou technocratique. L’échec de ce système s’explique par le fait que d’abord parce que les pays africains n’ont vraiment jamais suivi, ils ont fait des choses plus ou moins hybrides, et parce qu’il est arrivé en même temps que s’est achevé le mode néocolonial de croissance, l’ancien système dans lequel l’Afrique était enfermé dans la vieille division internationale du travail. Il y a surtout le cas des pays de la zone franc qui sont toujours avec leur monnaie coloniale, et qui ont beaucoup de mal à esquisser les éléments de la souveraineté.

Est ce qu’il faudrait plutôt revoir la façon de gouverner lorsqu’on parle de révolution pour véritablement passer à autre chose ?
A-Fall : La dernière révolution en Afrique était celle du Burkina Faso, on a pu voir qu’un changement pouvait être enclenché, changement des systèmes de production des moyens de production. Donc un changement dans la façon d’accumuler à l’échelle de l’État, et c’est malheureusement une expérience qui a mal fini, mais c’était la dernière. Pour l’instant il est trop tôt pour dire si ces révolutions vont apporter des avancées progressistes, elles peuvent aller dans toutes sortes de directions il faut le rappeler, y compris vers des involutions,  il est très important qu’il y ait une vigilance populaire.
La question pour nous autre peuple africain qui croyons à ce que ces révolutions adviennent, c’est qu’il y ait des transformations qualitatives vers les aspirations populaires, donc sur cette question les demandes sociales, les intérêts des peuples ne peuvent pas s’opposer. La plupart des demandes sociales à l’échelle du continent sont pratiquement les mêmes. Beaucoup plus de justice, la satisfaction des besoins essentiels, l’accès au pouvoir de décision, etc…la question du pillage des ressources, la préservation de notre équilibre environnemental. On a donc plusieurs demandes qui sont formulées très clairement, qui sont comprises dans la déclaration de Bamako qui est postée sut notre site au GRILA, qui sont une série de demandes légitimes, donc on ose espérer que si ya des changements, ça va aller vers la satisfaction de ce genre de projet.

Que dire de la jeunesse dans tout ça ?
A-Fall : De toute façon dans les deux mouvements qu’on vient de voir au Maghreb c’est la jeunesse qui en a été le moteur. Il s’agit d’une jeunesse qui n’est pas politisée mais qui s’est rendu compte qu’il y a une injustice, un système vieillissant qui ne leur donne pas de réponses. La question c’est de savoir comment elle va poursuivre de façon organisée ces changements ? Sa propre vigilance, sa propre organisation en dépend. Pour l’instant on ne peut qu’applaudir le fait qu’enfin des jeunes se réveillent et prennent leur destin en main. Il y a un mélange de toutes ces situations qui fait qu’on est vraiment passé à une nouvelle ère, les aspirations de la jeunesse poussent derrière, maintenant est-ce que l’Afrique va profiter de cette démocratisation pour enclencher des processus par exemple en terme d’intégration régionale, de souveraineté ou est ce que on va seulement aller vers des tendances réformistes, cosmétiques de changement de la garde.

Que dire des autres pays en crise dans le reste de l’Afrique ?
A-Fall : Aucun pays n’est à l’abri, tout pays aspire à des changements puisque les systèmes qui les gouvernent sont bloqués. Quelque part il y a un potentiel de changement, que ce changement soit révolutionnaire c’est autre chose. Je crois qu’il faut faire attention sur le fait que la pensée révolutionnaire, la conscience de ce qu’il y a comme identité comme problème n’est donnée à tout le monde. La conscience révolutionnaire, la conscience de classe, l’idée qu’on connaît dans une position de classe, sa position dans le processus historique, pour une personne cela prend le temps de savoir où est ce qu’il est situé. Quels sont les intérêts de classe, quels sont les changements, qu’est ce qui préconise tout ça ? Il y a quelques individus qui l’ont, mais la masse des individus ne l’a pas.

Comment la population devrait être éduquée par rapport à cette conscience de classes ?
A-Fall : Il y a une éducation politique et une repolitisation essentielle à opérer. J’espère que ces moments sont des leçons pour l’humanité parce que pour la  1ère fois dans l’histoire les sociétés sont appelées à trouver des réponses idoines et rapides à une crise totale du système qui n’est plus écologiquement viable. On est vraiment appelé a réinventer des nouvelles façons de faire et ce sont les jeunes qui ont compris cette urgence, maintenant on se demande comment est-ce qu’ils vont le faire ? Hélas beaucoup n’ont pas les recettes et la conscience politique, mais le chemin se fait en marchant, il est ainsi possible que dans la lutte, vont se forger des mécanismes de sortie de crise.

La plupart des pays de l’Afrique ont eu 50 ans. Est-ce que cela expliquerait qu’après un demi-siècle dans ces conditions, ils aspirent à du changement ?
A-Fall : Il y a une dizaine de pays qui ont 50 ans. La question de la temporalité n’est pas le problème même si historiquement on peut voir quelques coïncidences. Il y a surtout le fait que l’Afrique est enfermée dans l’ancienne division internationale du travail dont émerge de plus en plus les autres pays sauf l’Afrique. Il y a le fait que nos souverainetés sont tout à fait limitées et il y a le fait que les promesses de ces indépendances ne sont pas concrétisées. Il y a une génération, la vôtre, qui n’a pas connu les luttes, qui est complètement exaspérée, qui ne comprend pas la latitude des sacrifices des autres générations, qui est impatiente de trouver une solution de sortie de crise et qui ne voit pas d’horizon. Ce qui conduit à des jeunes qui s’expatrient, qui passent par le désert et les mers, on a des gens désœuvrés par milliard de dollars qui fuient le continent. Tous ces gens là espèrent qu’il y aura un changement et ça un effet de temporalité. À quoi ça servi d’être indépendant, qu’est-ce qu’on est devenu ?

Comment envisager le développement du continent africain ?
A-Fall : Il n’y a probablement pas de solution claire, c’est à dire d’un point de vue holistique tout est lié. Notre conception du développement en Afrique doit passer par une réflexion sur la nature du développement. Le développement est par essence lui même prédateur donc ce n’est pas quelque chose de neutre. Nous devons réaliser que si ce développement a échoué il y a d’autres approches possibles. Sur cette question, l’africanité est intéressante dans le sens que nous avons aussi d’autres conceptions et d’autres visions du monde dont on a jamais tenu compte qu’il faudrait peut être considérer. Ce que nous essayons de proposer dans notre cas c’est le panafricentrage.

En quoi consiste le panafricentrage ?
A-Fall : Ce serait une stratégie panafricaine basée sur une réflexion sur nos valeurs, sur nos cosmogonies, sur nos visions du monde. Nous sommes allés ressusciter des valeurs qui sont imbriquées dans plusieurs de nos sociétés à l’origine qui était le mât : l’idée qu’il y a un équilibre en toute chose autant au niveau cosmique qu’au niveau de notre relation vis a vis de l’écosystème. Un rapport beaucoup plus respectueux de l’écosystème dont nous sommes nous même une partie, et ce qu’il faut rechercher c’est plutôt l’équilibre. Or la grande difficulté qu’il y a dans le développement, c’est de ne pas saisir qu’il ne peut pas y avoir développement s’il y a déséquilibre. Il y a déséquilibre dans la dégradation des relations sociales, dans notre rapport à l’environnement. C’est tout ça qui doit changer.
L’Afrique ne s’en sortira que dans un schéma plus global. Nous devons apprendre à compter sur nos propres forces, à nous entraider dans une perspective Sud-Sud, et celle de réconcilier les grands impératifs. Par exemple, la question de l’agriculture, une autosuffisance alimentaire, redonner plus de pouvoir aux paysans, changer l’équilibre entre ruraux et urbains, basée sur une réforme agraire en profondeur. La question de l’accumulation de nos ressources naturelles, et qui est propriétaire des ressources, est-ce que nous avons ou non la