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mercredi 28 septembre 2011

La Justice au pays de l'oncle Sam...


Si tous les regards étaient tournés vers les États-Unis en ce début du mois pour le 10ème anniversaire des attentats du 11 septembre, ils y sont à nouveaux portés, mais avec cette fois-ci une émotion tout à fait différente. Il avait clamé son innocence à plusieurs reprises jusqu’à ses dernières heures dans le couloir de la mort. Mais la Cour Suprême des États-Unis ne lui a pas laissé une autre chance. Troy Davis a subi la peine capitale le mercredi 21 septembre 2011. Je tiens à préciser l’année dans cette date tristement devenue célèbre parce qu’il m’est difficile de réaliser que l’homme du 21ème siècle continue à avoir de telles pratiques.

Alors que tout le monde éprouvait de la compassion envers les États Unis pour ces milliers d’américains qui ont perdu la vie avec l’attentat du World Trade Center, c’est maintenant de la tristesse marquée de sentiments d’incompréhension et même de colère, face à l’exécution froide de Troy Davis que ressentent plusieurs. Ils étaient des centaines à veiller cette soirée du 21 septembre en espérant un dernier recours de la justice américaine.

L’affaire Troy Davis, c’est l’assassinat d’un policier dans le parking d’un Burger King en Georgie un soir d’été 1989 alors qu’il pourchassait des agresseurs qui s’en sont pris à un sans abri. Trois personnes étaient impliquées dans l’agression, mais seul Troy Davis a été suspecté et désigné coupable du meurtre. Faits inusités dans ce drame : l’accusation de Troy ne porte sur aucune preuve matérielle à part les témoignages des personnes présentes sur les lieux, l'arme du crime n'a jamais été retrouvée. De plus, sept des neuf témoins ayant accusé Troy Davis se sont rétractés sous serment depuis le premier procès. Plusieurs ont confirmé avoir subi des pressions de la police. Il ont avoué avoir eu peur de contredire la “ la version officielle ”.  

Que dire des États-Unis,  pays qui prétend vouloir faire instaurer les droits de l’homme dans certaines zones, comme par hasard celles qui possèdent l’or noir, alors que sur son propre territoire, près de 34 états restent accrochés à cette pratique qui prive l’homme d’un droit fondamental? Les États Unis sont le seul pays occidental qui continue d’appliquer la peine de mort. Drôle de contradiction lorsque dans la déclaration de l’indépendance on lit ceci : « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du Bonheur.» Comment peut-on se donner le droit de priver quelqu’un de sa vie ? Au nom de la justice ? Mais de quelle justice parle t-on ? Balivernes……
 Loin de moi l’idée de diaboliser le pays de l’oncle Sam. Il y a déjà eu un déferlement de chroniques depuis ces derniers jours sur la toile, mais il est difficile de rester insensible face à cela. Il est vrai les États Unis présentent un paradoxe : autant ils arrivent à nous écœurer avec les guerres qu’ils prétendent faire au nom de la démocratie, autant ils nous émerveillent lorsque leur nation décide de faire bouger les choses. L’exemple du soulèvement de 1960 avec Martin Luther King pour mettre fin  la ségrégation le montre, et plus récemment l’élection a la maison blanche du premier président noir : Barack Obama, formidable espoir pour toute une génération. Et Obama dans tout ça ? Il a tout simplement fermé les yeux sur cette affaire et a dit « préférer rester en dehors ».  Pour moi c’est une façon un peu plus jolie de dire : faites en ce que vous voulez.
 Si seulement Troy Davis avait su qu’il paierait de sa vie pour un meurtre dont il s’est dit non-coupable jusqu’au bout, il ne serait sûrement pas sorti de chez lui ce soir d’août 1989. Son père, vétéran de la Guerre de Corée n’aurait sûrement pas accepté de se sacrifier au nom de la justice de son cher pays, justice qui enlèverait par la suite la vie à sa progéniture. Ah 1989 ! L’année si chère dans mon cœur qui m’a vu naître ! En juillet, la France fêtait le bi-centenaire de sa révolution et de l’établissement des libertés et des droits fondamentaux. Un peu plus tard en novembre, c’était la chute du Mur de Berlin, superbe espoir pour ces milliers d’allemands qui attendaient un avenir florissant. Désormais un autre souvenir viendra s’ajouter à ceux que j’avais.
Ceci furent ses dernières paroles :

"Je voudrais m’adresser à la famille MacPhail. Je voudrais que vous sachiez que je ne suis pas celui qui a tué votre fils, votre père, votre frère. Je suis innocent. L’incident qui est arrivé cette nuit-là n’est pas ma faute. Je n’avais pas d’arme. Tout ce que je demande… c’est que vous regardiez plus profondément dans le dossier, pour que vous puissiez finalement voir la vérité. Je demande à ma famille et à mes amis de continuer ce combat. Pour ceux qui s’apprêtent à prendre ma vie, que Dieu ait pitié de vos âmes. Et que Dieu bénisse vos âmes."

Était-il vraiment innocent ? Il est désormais trop tard pour se poser la question, l’injection mortelle l’a déjà emporté dans l’au delà. Troy Davis est devenu le symbole des partisans de l'abolition de la peine de mort. 


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