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samedi 25 septembre 2010

Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, tous acteurs dans la crise actuelle en Côte d’Ivoire !

Voilà un article qui explique bien la crise actuelle que connaît la Côte en d’Ivoire sans prendre parti, et qui démontre justement comment chacun des leaders politiques de l’heure ont contribué à la situation actuelle. Petit Bémol pour Alassane Traoré dont on ne cite pas la contribution, réelle ou pas, avec les rebelles durant les heures les plus horribles du conflit en 2002, comme s’il était le moins coupable sur la situation actuelle. Toutefois, il demeure le seul à n’avoir pas fait ses preuves, sur le fauteuil présidentiel. Vous comprendrez pourquoi après tant d’années dirigées par ces leaders qu’on connaît depuis notre enfance, il est temps qu’on voit apparaître de nouveaux visages jeunes, qui veulent vraiment faire sortir leur pays de l’impasse actuelle.

Source : http://www.grioo.com/info2095.html
La République de Côte d’Ivoire est demeurée pendant longtemps, aux yeux de nombreux observateurs internationaux, un pays d’une grande stabilité, tant politique qu’économique. En quarante ans d’indépendance, elle a échappé aux désordres politiques, aux guerres tribales et aux crises économiques, toutes fièvres endémiques dont souffre un continent trop souvent voué à la misère et aux chaos. Havre de paix et de stabilité, la RCI cultivait, sous la houlette de son premier président, Félix Houphouët-Boigny, son statut d’exception. Par une politique d’ouverture aux capitaux étrangers, par la faiblesse de ses dépenses militaires, le maintien de liens forts avec la France, le développement d’une politique d’accueil et d’intégration des ressortissants étrangers, le « père de la nation » témoignait d’une grande sagesse et d’une connaissance sûre des réalités de son pays.

La Côte d’Ivoire pourtant, ne fait plus aujourd’hui figure d’exception. Six tentatives de coup d’état, depuis décembre 1999, sont venues briser le mythe d’une nation unie et prospère. Les prodromes de la crise sont à chercher, pêle-mêle, dans la transition ratée entre l’ère Houphouët-Boigny et la période actuelle, la difficile mise en application du multipartisme, le manque de lisibilité évident du jeu politique et l’émergence du concept « d’ivoirité » dans un pays de tradition multi-ethnique (la scission progressive du pays entre un Nord musulman et un Sud catholique n’étant que la résultante de ces tensions cumulées). A cela s’ajoutent les querelles de partis, voire d’individualités.

Henry Konan Bédié, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et Robert Gueï sont quelques-uns de ces acteurs dont les passes d’armes, récurrentes, et les multiples palinodies sont venues brouiller l’intelligibilité d’un champ politique confus.

Rencontre nodale de lignes de fractures plurielles (politiques, économiques, militaires et ethnico-religieuses), trame complexe d’événements abscons, la crise ivoirienne suppose une lecture rigoureuse. La nôtre se voudra essentiellement politique. L’isolement de quelques lignes de force permettra assurément d’appréhender la logique interne de la crise. Surtout, le poids accordé aux deux entretiens autorisera, par la multiplication des points de vue, une représentation non pas univoque d’une réalité incessible, mais une analyse distanciée et plurielle d’un événement toujours fluctuant car en prise directe avec la réalité.

Aux origines de la crise : la difficile succession à Houphouët-Boigny : 

 
La crise ivoirienne trouve, incontestablement, son origine dans les instants qui ont suivis le décès du président Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993. Le quotidien Le Monde déjà, titrait dans un article du 21 octobre : « L’hospitalisation du président Houphouët-Boigny a relancé les spéculations sur sa succession ». Faisant état des rivalités qui commençaient à se dessiner dans les cercles du pouvoir, il s’inquiétait notamment de la mise en application du multipartisme dans un pays qui n’avait connu, depuis son indépendance, qu’une seule formation politique : le PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire).

Désormais, trois grands partis, au moins, s’affrontaient sur fond de guerre constitutionnelle : le PDCI sus nommé de Henry Konan Bédié, le RDR (Rassemblement des Républicains) d’Alassane Ouattara et le FPI (Front Populaire Ivoirien) du socialiste Laurent Gbagbo. La particularité de cette structuration à trois du champ politique ivoirien ? Une forte ethnicisation des partis. En effet, tandis qu’Alassane Ouattara, dont la nationalité ivoirienne a toujours fait question, pouvait s’appuyer sur le Nord du pays, dont il est originaire, Laurent Gbagbo, lui, pouvait compter sur l’Ouest. Bédié enfin, par son appartenance à l’ethnie Baoulé, dont était également originaire Houphouët-Boigny, pouvait se prévaloir d’une double légitimité, traditionnelle et politique (2). Cette dernière tout particulièrement fut l’objet de critiques sévères de la part de ses opposants.

Le manque de légitimité du président Bédié : (décembre 1993-1999)


Au-lendemain du décès de Félix Houphouët-Boigny, le processus constitutionnel de succession notamment est sur la sellette. Et tout particulièrement l’article 11 de la Constitution, qui désigne automatiquement le président de l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, comme président de la République jusqu’à l’expiration du mandat en cours, en 1995. Cet article, modifié le 6 novembre 1990, stipule que, « en cas de vacance de la présidence de la République par décès, démission ou empêchement absolu constaté par la Cour suprême saisie par le gouvernement, les fonctions de président de la République sont dévolues de plein droit au président de l’Assemblée nationale ». La version précédente de cet article ne prévoyait qu’un intérim de quarante-cinq à soixante jours, le temps d’organiser des élections générales. En 1990, le gouvernement avait justifié cette modification constitutionnelle par le « souci d’assurer la continuité du pouvoir sans recourir à un intérim qui peut être générateur de confusion ». Une « précaution » qui allait générer de nombreux mécontentements, troubles et confusions.

Mais c’est avant tout la lutte qui, en filigrane, se dessinait entre le président Bédié et son challenger Alassane Ouattara, dans la perspective des élections à venir (en octobre 1995), qui laissait planer un doute quant à l’avenir de la Côte d’Ivoire. De fait, soucieux de conserver le pouvoir, Henri Konan Bédié n’hésita pas à développer le thème, sulfureux, de « l’ivoirité ». Dans un pays où 35 à 40% de la population est d’origine étrangère, l’utilisation d’une telle thématique nationaliste, à des fins électorales, ne pouvait qu’être problématique.

Premièrement, elle portait atteinte à la cohésion nationale. A dater de ce jour, les clivages ethniques ne cessèrent d’empirer.
Deuxièmement, elle portait préjudice au libre fonctionnement du jeu démocratique. Les poids lourds de l’opposition, notamment le Front Populaire Ivoirien de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des Républicains d’Alassane Ouatara décidèrent de jouer la carte du « boycot actif », tout ayant été fait pour écarter ce dernier de la course à la présidence.
Bilan : Bédié fut réélu le 22 octobre 1995, triomphant avec quelques 95% des voix d’un seul et modeste adversaire, Francis Wodié, candidat du Parti ivoirien des travailleurs (PIT), une formation de gauche sans moyens.
Pendant ce temps, le pays se délitait. Violences urbaines de protestation contre l’éviction du candidat Ouattara, violences xénophobes d’une partie de la population « ivoirienne » contre les gens du Nord, forces corruptrices allogènes… La Côte d’Ivoire faisait la douloureuse expérience de ce qui allait devenir son quotidien.
Car ne nous y trompons pas. Une bonne partie des événements qui, actuellement, déchirent le pays trouvent leur origine dans cette période 1993-1995 et ne sont que les surgeons d’une politique malhabile de marginalisation et de ghettoïsation d’une partie de l’opposition. Sous couvert de restauration des institutions démocratiques, le pouvoir militaire qui se met en place à l’issu du coup d’état du 24 décembre 1999, initié par le général Gueï, ne fera qu’entériner, à l’usage, un certain nombre de thèmes apparus sous la présidence précédente, « ivoirité » en tête. Laurent Gbagbo lui-même, ancien allié d’Alassane Ouattara et actuel président de Côte d’Ivoire, finira par accorder quelques crédits à cette thématique nationaliste et passablement xénophobe. Ecarter le dirigeant du RDR de la course à la magistrature suprême, en arguant d’une nationalité ivoirienne douteuse sera ainsi, à l’image des ses prédécesseurs, l’une des constantes de sa politique.
La parenthèse Gueï ou la persistance dans l’erreur : (24 décembre 1999-22 octobre 2000) :

Signe évident de la fragilité des institutions ivoiriennes : le 24 décembre 1999, au terme d’une révolte de vingt-quatre heures, le général Gueï annonce à la télévision la destitution du président Bédié. En un laps de temps somme toute très court, une mutinerie brouillonne, conduite par de jeunes militaires ivoiriens, s’achève par un putsch improvisé.
L’inimaginable vient de se produire. Pour la première fois de son histoire, quarante après l’indépendance, ce coin de l’Afrique de l’Ouest, considéré comme un pays phare de la réussite africaine, où l’armée ne compte guère (11000 hommes, plus 6500 gendarmes), est passé sous la coupe d’un Comité national de salut public (CNSP) de dix hommes.
Sans effusion de sang, le nouveau pouvoir qui se met en place est plutôt bien reçu par les Ivoiriens. D’autant que le général Gueï multiplie les promesses de respect de la démocratie.

Pourtant, la situation se délite rapidement. Là encore, « l’ivoirité » et la nationalité d’Alassane Ouattara exacerbent les passions. « En Côte d’Ivoire, 100 jours après le putsch, l’euphorie laisse place à l’inquiétude » titre le quotidien Le Monde (24 avril 2000).
« La polémique aux relents xénophobes sur l’ivoirité se poursuit ». Et pour cause. Le projet de nouvelle Constitution, adoptée le 23 juillet 2000 par référendum, stipule que tout candidat à l’élection présidentielle se doit d’être « ivoirien, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens ».

M. Ouattara, qui a bénéficié dans sa jeunesse d’une bourse en tant que ressortissant de la Haute-Volta (ancien nom du Burkina Faso) et qui a occupé un poste de vice-gouverneur de la Banque centrale ouest-africaine au titre de la Haute-Volta se trouvait ainsi de facto en bien mauvaise posture pour briguer un mandat présidentiel.
L’invalidation, quelques temps plus tard, par la Cour suprême ivoirienne, de quatorze des dix-neuf candidatures ne devait pas améliorer les choses. Critiquée par la France, l’OUA et Washington, la Côte d’Ivoire se trouvait rejetée au banc des nations.
La junte militaire multipliait les entraves au libre jeu démocratique en une geste désormais bien connue. Tentative de captation monopolistique du pouvoir et réduction de l’espace politique de compétition entre les candidats à la représentation du peuple, atteintes multiples aux droits de l’homme, réactivation d’un vieil atavisme xénophobe délétère… La machine était bien rôdée qui, une fois de plus se mettait en branle.

Une élection présidentielle entachée d’irrégularités : Laurent Gbagbo ou le président sans légitimité ? : (22 octobre 2000- aujourd’hui) :

Boycottée par l’opposition, dont les candidats avaient tous été « invalidés », ainsi que par les observateurs internationaux, l’élection présidentielle du dimanche 22 octobre 2000 se déroula dans une atmosphère lourde. Ce scrutin, qui était censé mettre fin à la transition militaire qui avait suivi le coup d’état de décembre 1999, révélait en réalité les ambitions personnelles du général Gueï, candidat, malgré ses promesses, à sa propre succession.

Le 26 octobre, alors que la Commission nationale électorale créditait le candidat Gbagbo de 51% des suffrages, le général Gueï, refusant de reconnaître sa défaite, la dissolvait avant la promulgation officielle des résultats, annonçant sa victoire avec 52% des suffrages contre 41% pour le candidat socialiste.
Un deuxième coup d’état qui allait, une fois de plus, plonger le pays dans la crise qu point d’en faire, selon le mot de Michel-Henry Bouchet, une « Yougoslavie sub-saharienne ». Laurent Gbagbo, qui s’était lui aussi autoproclamé président de la République de Côte d’Ivoire finira par l’emporter sur le général Gueï. Considérant la légitimation de Laurent Gbagbo comme « le moyen le plus sûr pour ramener progressivement la démocratie en Côte d’Ivoire », le ministère des affaires étrangères appuyait sans réserves le candidat socialiste.


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